Réforme des retraites pourquoi ce cafouillage?

Rédigé par Minurne 2 commentaires
Classé dans : Gazette, Presse, Editorial Minurne Mots clés : aucun

Pour comprendre le cafouillage extraordinaire de l’opération élyséenne « Réforme des Retraites », il faut d’abord savoir qui sont les principaux interlocuteurs. Ensuite, analyser l’incroyable succession d’erreurs commises, montrant une incompétence rare en matière de gestion de projet.


QUI SONT LES NÉGOCIATEURS ?

Jean-Paul Delevoye a des liens étroits avec le lobby des assurances, il est parti, n’en parlons plus. Mais cela explique que Macron l’ait choisi pour pousser un nouveau système de retraites qui a pour objectif de passer progressivement de la répartition à la capitalisation, laquelle est essentiellement l’affaire des assureurs.

Son remplaçant, Laurent Pietrazewski est un haut fonctionnaire aux affaires sociales « pantouflard », ce qui signifie qu’il a fait comme beaucoup d’autres des aller-retour entre le public et le privé qui leur permettent d’importantes augmentations de salaires. Avant, Pietrazewski était DRH chez Auchan où il s’était fait remarquer en licenciant violemment une caissière qui avait offert un pain au chocolat à un nécessiteux…

En face, Laurent Berger, de la CFDT, est d’accord sur une réforme que la CFDT porte depuis 20 ans. Elle permettrait la pérennisation du système, mais il n’a pas accepté l’addition au projet initial de réforme systémique (le passage à un système par points) d’une réforme paramétrique (introduction d’un paramètre supplémentaire, le recul de l’âge de départ à 64 ans).

 

LE RICHE MARTINEZ PILOTE LES GRÈVES ET LE DÉSORDRE

Le créateur du désordre et du chantage par la grève des transports, Philippe Martinez, est issu de la Fédération des métallos CGT. Il mélange lui aussi le public, son action syndicale dans une entreprise publique, et le privé, la maternité parisienne Les Bluets et trois centres de réadaptation professionnelle (CRP). Ces quatre établissements sont gérés au travers de l’Association Ambroise Croizat (AAC), présidée par un proche de Martinez, Yves Audvard qui gère mal, au point que le groupe étant au bord de la faillite en 2018, on a demandé aux employés de se serrer la ceinture pour le sauver. Bravo la CGT !

Mais Martinez a obtenu de l’Agence Régionale de Santé (ARS) un million d’euros injectés dans les caisses de la maternité fin 2018 et ARS lui aurait concédé une avance de trésorerie de 1 657 000 euros le 1er mars 2019. Cette perfusion d’argent public ne passe pas auprès des équipes des Bluets. Selon ces dernières, la mauvaise santé financière de la maternité est la conséquence du coût trop élevé du loyer reversé au propriétaire des murs, la Fédération des métallos CGT : plus d’un million d’euros par an. La CGT n’a pas que des châteaux dans son patrimoine immobilier ! Ce loyer « …contribue au financement de plusieurs postes de permanents de la fédération pour l’activité syndicale« , source : l’Inspection générale des affaires sociales (Igas).

Ces permanents recevraient des salaires « déraisonnables » selon l’Igas, dont celui de Suzanne Masson, épouse Martinez à 6021 €/mois et celui de Philippe Martinez à 6000 €/mois quand le salaire d’un directeur d’EHPAD ou de maternité ne doit pas dépasser 3750 €.

En plus, Martinez est toujours délégué CGT du Technocentre Renault et touche les primes d’un technicien agent de maîtrise : 3000 à 3500 € d’intéressement-groupe, 1200 € d’intéressement-local, entre 500 et 1000 € liés à la performance individuelle et 300 € venant de la récente prime Macron défiscalisée !

À L’EXCEPTION DE BERGER, TOUS SONT INCOMPETENTS

Côté gouvernement, Macron laisse habilement dans son discours de Nouvel An la responsabilité de l’échec qu’il pressent à Edouard Philippe, qui fut lobbyiste chez Areva, ainsi qu’à Muriel Penicaud qui vient de chez Danone.

La caractéristique commune de ces négociateurs, qui négocient la réforme des retraites, c’est leur incompétence (à l’exception de Laurent Berger).

D’OÙ TOUTE UNE SÉRIE D’ERREURS

La première erreur de méthode, Macron en est responsable, est d’avoir « vendu » aux Français la réforme comme une réforme « universelle » qui allait faire disparaître les régimes spéciaux et rétablir l’égalité entre tous les retraités.

Or, la première chose que font les négociateurs du gouvernement c’est d’accepter de rétablir la plupart des régimes spéciaux.

La seconde erreur, Philippe en est responsable, est d’avoir ajouté la question du départ à la retraite à 64 ans (le fameux âge « pivot ») avant d’avoir trouvé un accord sur le nouveau « système à points ». Les syndicats, divisés au départ, se sont soudés sur cet ajout crucial et ont su mobiliser une majorité de Français derrière eux avec l’appui des médias. D’où une pagaille monstre au moment des fêtes et des pertes financières importantes pour les commerçants, les restaurateurs, les hôteliers et un mécontentement général contre Macron et son gouvernement.

Car, c’est la troisième erreur, de stratégie celle-là, lancer en fin d’année une réforme difficile et visiblement mal préparée a été d’une maladresse rare.

PAS D’EXPLICATIONS SUR LA RÉFORME DES RETRAITES

La quatrième erreur résulte de la mentalité élitiste de dirigeants convaincus d’avoir toujours raison, ils n’ont pas jugé utile d’expliquer avant en quoi leur réforme allait changer la vie des retraités et futurs retraités.

Un point… Qu’est-ce que c’est un point ? Qui n’est pas un point à la ligne, un point virgule ou un point final ? Il sera calculé comment ? Avec quels paramètres par profession ? Ce qui aurait pu permettre d’éviter le conflit sur la pénibilité en donnant une idée du poids de cette pénibilité dans le paramétrage du point. Sera-t-il indexé sur l’inflation (faible actuellement) pour lui conserver sa valeur au fil des ans ? Pas de réponse et quelques mauvaises simulations qui compte tenu de leur flou n’ont convaincu personne.

En calculant sur la totalité de la carrière au lieu des 25 meilleures années (ou des 6 derniers mois comme chez certains fonctionnaires privilégiés), est-ce que l’on aura une meilleure retraite, égale ou plus mauvaise ? Pas de réponse.

À partir du moment où l’on vantait une réforme qui allait permettre à chaque Français de recevoir une retraite correspondant à sa durée d’activité, des paramètres incluant pénibilité, stabilité, les niveaux hiérarchiques successifs, la situation familiale, pour que chacun reçoive une retraite comparable en mérite et en argent à celle des autres selon le principe républicain d’égalité, il fallait donner la méthode permettant à chacun de faire le calcul lui donnant ce qu’il aurait finalement comme montant de retraite. Cela n’a pas été fait.

Résultat, une grande majorité de Français sont aujourd’hui convaincus que leurs dirigeants politiques sont non seulement incompétents, mais maladroits.

Cinquième erreur, avoir affiché un conflit évident entre Elysée et Gouvernement.

CONFLIT ENTRE KEYNÉSIENS ET MONÉTARISTES

La cause de ce conflit remonte aux années 80 quand a commencé à se dégrader la qualité de l’enseignement donné par les deux grands fournisseurs de la fonction publique que sont Sciences Po et l’ENA. Ces deux écoles ont voulu suivre le modèle des universités américaines qui se fondait sur un néo-libéralisme sociétal et le monétarisme, celui-ci venant en opposition  au keynésianisme. Le problème vient de ce que la mauvaise qualité de l’enseignement économique a fait que les élèves ont opté soit pour l’un soit pour l’autre, la majorité en faisant un gloubi-boulga incompréhensible et surtout inefficace.

On a, à l’Élysée, des keynésiens pour lesquels laisser filer les déficits n’a aucune importance (selon la théorie du Sapeur Camember de Keynes), et au gouvernement des monétaristes convaincus de la nécessité de revenir à l’équilibre financier pour avoir une bonne gestion de l’État. La distinction s’est faite au moment du choix des conseillers de l’Élysée et du gouvernement, Macron et Philippe ayant choisi ceux qui correspondaient le mieux à leur état d’esprit.

CONFLIT ENTRE SYSTÉMISTES ET PARAMÉTRISTES

L’Élysée voulait une réforme des retraites systémique avec les points, le Premier ministre une réforme paramétrique permettant l’équilibre financier du système.

Pour alimenter le vivier des travailleurs cotisants et combler le déficit démographique, ils ont choisi la plus mauvaise des solutions qui s’offraient à eux : l’immigration. Elle coûte cher si elle est accompagnée d’apprentissage de la langue, de formation professionnelle, de logements décents, de soins, d’allocations familiales, d’aides sociales multiples pour transformer les jeunes mâles africains en travailleurs rentables et cotisants. Cela prendra des années, et nul ne sait si on y parviendra !

Et si rien n’est fait, ou presque, comme actuellement, où on les laisse croupir sous les ponts du métro parisien ou dans des villages où ils commettent crimes, viols, vols, etc ; si par désoeuvrement ils continuent de susciter le rejet des autochtones, cela coûtera encore plus cher avec à terme un risque non négligeable de guerre civile.

Aucun des deux, Élysée ou gouvernement, n’a pensé à une voie pourtant connue pour être efficace : une relance de la natalité pour faire plus de petits français qui dans vingt ans fourniront d’excellents travailleurs, pour le coût d’allocations familiales réévaluées comme l’ont fait avec succès Vladimir Poutine et Victor Orban chez qui les taux de natalité remontent.

LES LOBBYISTES AU CŒUR DE L’ÉLYSÉE ET DE MATIGNON

Il y a un autre problème qui explique l’échec actuel des négociations sur les retraites : parmi les quelques 300 conseillers élyséens et ministériels, il y a une bonne cinquantaine de lobbyistes, dont les représentants des assureurs qui poussent à une évolution de la retraite par répartition vers la retraite par capitalisation.

L’exemple vient de haut, puisqu’à son arrivée à l’Elysée l’ex-gérant de la Banque Rothschild, Macron, a reçu, avant même les dirigeants des banques françaises, le président du premier fonds mondial de pensions, BlackRock (voir vidéo en fin d’article), alors représenté dans la négociation par Delevoye, lobbyiste des fonds d’assurances.

Au centre, Larry Fink, Pdt de BlackRock, 6.840 milliards de $ d’actifs n°1 mondial
A noter que Jean François Cirelli, Pdt de la branche française de BlackRock,
a été récemment élevé à la dignité d’officier de la Légion d’Honneur

Il est clair que la réforme en jeu vise à passer progressivement de la répartition à la capitalisation. Le premier pas est déjà acquis avec les revenus supérieurs à 120 000 €/an qui n’auront pas à cotiser à la Sécu s’ils cotisent à un fonds de capitalisation pour leur retraite. Théoriquement, la capitalisation est nettement plus rentable pour le salarié cotisant, mais pas dans les périodes de taux négatifs comme actuellement, et il y a le risque d’une crise financière mondiale toujours possible.

Le point est un moyen qui peut servir à glisser insensiblement vers la capitalisation. Les Français épargnent beaucoup, mais pas dans l’épargne-retraite, ce que les gestionnaires des fonds d’assurances voudraient changer. Cela dit, le point existe déjà dans les deux caisses AGIRC et ARRCO et la crise financière de 2008 eut un impact négatif de 1,4 milliard sur le groupe, après heureusement des années positives ayant permis des provisions qui évitèrent la catastrophe.

Le problème, avec les énarques, est que la majorité, surtout chez les Inspecteurs généraux des Finances, n’a pas l’esprit patriotique et se lie facilement à la finance internationale et aux multinationales où le pouvoir que l’on peut détenir est bien plus grand que celui que l’on peut avoir en politique.

De plus, ils ont tendance dans leurs aller-retour public-privé à introduire dans le privé des règles de gestion du public inappropriées qui provoquent la ruine de la grande entreprise qu’ils dirigent ; et inversement, d’introduire dans le public des règles de gestion très efficaces dans le privé mais inappropriées au service public, d’où des deux côtés une gestion budgétaire désastreuse avec des deux côtés des déficits.

L’Imprécateur
7 janvier 2020

2 commentaires

#1  - acantari a dit :

Depuis de trop nombreuses années nos hommes politiques, malgré leurs études veulent réinventer l'eau tiède!!. Plus aucun sens des réalités ni du prévisionnel à longue échéances.
Tout dans l'urgence et comme tout intellectuel persuadés que leurs solutions sont les meilleures!!.
De plus s'ajoute à ce comportement irresponsable, les ambitions personnelles, idéologiques et le désamour de la France.
1789, abolition des privilèges , mais pour qui?!.

Répondre
#2  - cyberpapi a dit :

6000 euros que paye la France d'interets par seconde !!
500 000 entrées d'etrangers par an !! le regne de la Macronerie =
5 x 500 000 sur notre sol !!
le FOSSOYEUR DE LA REPUBLQUE est là !

Répondre

Écrire un commentaire

Quelle est la troisième lettre du mot vvpls ?

Fil RSS des commentaires de cet article